Impatient.

Les vacances approchent. Dimanche soir on saute dans l’auto, pour arriver frais et dispos (Heu là, j’ai de la peine à te croire… Après 900km de nuit, j’imagine le tableau! Même à la criée, on ne donnera pas cher de ta gueule de merlan! ) au bateau. 9h30, traversée du Raz de Sein, passage vers le phare de la vieille et la tourelle de la Plate. Arrivée vers 10h30 sur l’île de Sein. Là, sûr qu’à la cale les ami-e-s nous attendrons.  Peut-être même que déjà (nous ne sommes que vendredi) certain-e-s, comme moi se languissent…
Plaisir de se retrouver. Perdu-e-s (un peu) au milieu de l’océan. Au raz de l’eau.

Et là, présentement, je viens d’affûter mes gaules: Le Rollei est réparé. (Tiens, j’aurais pu t’en parler, faire un bel article de l’opération à cœur ouvert sur la table de la cuisine… Changement de viseur, réparation de la plaque « Rolleiflex » qui était pétée, gros nettoyage…),  Le Bronica chargé d’une 400TX, un autre nouvel arrivant, est prêt à te coucher sur la gélatine! Le voici sous le regard bienveillant de Golshitey Faharani:

Bronica Model Q
Ensuite, J’ai sélectionné les différentes pellicules à apporter. Des Kodak 400TX, et, nouveauté, des Adox 100. Il parait qu’elles sont bien… À suivre.

 

 

 

 

 

Bon, pour faire la photo, j’ai mis le flash sur le  Rollei. 😉

Rolleiflex et Bronica

Et je t’ai présenté les filtres « spécial noir&blanc ». Tu ne le répèteras pas, ce n’est que pour la frime. Te montrer une jolie photo, quoi…
Ce n’est pas que le flash ne fonctionnerait pas; et j’ai des ampoules de rechange. Mais bon. À force ça fait du poids, tout ça… Un jour peut-être, je ferai une séance au vieux flash. Ce sera une séance collector, rythmée par ce bruit si particulier de l’ampoule qui flashe.
Si tu ne connais pas ce bruit, gamin, c’est que tu as moins de 40 ans!
J’ai encore une 15aine d’ampoules. Ensuite, fini. Ça ne doit plus courir les rues c’t’affaire là!

 

Enfin voilà. Tout ça pour te dire que l’alchimie va être belle, c’est certain. Les ami-e-s retrouvé-e-s, perdu-e-s au loin sur l’océan, un endroit privilégié et magique, avec des lumières que t’as même pas en rêve, un Rolleiflex 2.8D, un Bronica model Q, quelques rouleaux… tu vas entendre parler de moi, ici même, au retour! 😉

Satisfait

Satisfait.

JeBruno et Françoise le suis effectivement, à la vue des résultats de la 20aine de rouleaux enfin développés. Ils attendaient sagement, au noir, dans mon placard dédié à la photo, depuis début juin. Il parait qu’une image latente peut se modifier, voire s’effacer, avec le temps, si elle ne trempe pas rapidement dans la chimie. Je pense qu’il doit y avoir de la marge. PétroletteCar là, pas la queue d’un souci.
De là à dire qu’elle se bonifie avec le temps, comme le bon vin, pourquoi pas! Car le résultat a dépassé mes espérances. Cette dernière série m’emballe. 🙂 L’exposition est en général correcte, les sujets excellents, pour la plupart; reste néanmoins à peaufiner le cadrage. Ici, je ne vois pas l’ombre au sol aux pieds de (Z)avier, et la coupe au lieu de l’intégrer, pour faire au final un image banale, qui aurait été bien meilleure sinon… Là, j’oublie la différence de  parallaxe entre (Z)avierl’objectif de visée et celui de prise de vue intègre la tête non désirée d’un rocher, ou le seuil tout pourri d’une porte d’entrée en plastique derrière Pétrolette… Ailleurs, j’ai l’horizon bancal, ou un phare étêté…

Au pied du Gueveur

 

 

 

 

 

 

 

La plupart de ces images a été faite sur l’île de Sein, au mois de juin, ou dernièrement dans le forez, et tu pourras les voir dans les albums. (Je dis « pourras » car il y en a encore à arriver; work in progress…)

Dubitatif

Chalet "la Burdine"

Voici une image qui me laisse dubitatif…
Chalet "la Burdine"

La lumière est belle. Temps gris, pas trop de contraste, idéal pour un portrait. Le sujet est looké. Comprenez qui a du caractère. C’est parfait. D’autant que cet ours haut-jurassien est  conciliant. Il prend la pose dans l’embrasure de la porte d’entrée de son chalet, « La Burdine« . J’ai donc le temps de faire le point correctement, et, logiquement le cadrage. Et bien, non. Je n’ai pas vérifié le bas de l’image, il manque un bout de pied. Pas grave me diras-tu. Je trouve que si, au final. La photo aurait pu avoir une gueule, vu le sujet. Et patatras. Ça reste une image banale.

À ma décharge, je dois te dire que le verre de visé du Rollei est assez sombre. Quand je vise, le centre est parfaitement clair, mais les bords, et pire les coins, sont très sombres; les « coupes » ne sautent pas aux yeux.
Mais Justement, je le sais, et devrais être plus vigilant à cet endroit.

La prochaine fois, promis, j’essaierai…

révélé

Je viens de passer pas mal de temps à développer 26 rouleaux de pellicules n&b. Ce sont des photos faites à l’île de Sein pour la plupart, avec mon Rollei. L’île de Sein… C’est un joyau. C’est un havre de paix, . Bon, j’arrête là. J’ai déjà parlé de Sein.
Et j’en reparlerai… Tu vas penser que je suis mono-maniaque.

26 rouleaux. Je les ai développés deux par deux dans une cuve Paterson. Je les ai enroulés patiemment sur leur spire, dans le noir complet, dans mes toilettes. C’est la seule pièce borgne de la maison… Ensuite, direction la cuisine, avec ma cuve Paterson hermétique à la lumière, mais pas au liquide!île de sein. Rue Abbé Le BorgnePremière étape, Le révélateur. J’utilise du Xtol, de chez Kodak. Je l’ai préparé la vielle, pour qu’il ait bien eu le temps de se dissoudre dans l’eau. Allez, zou! 12 min à 20°C, avec des agitations intermittentes. Puis, un rinçage rapide, suivi du bain de fixateur. Là, à peine le produit versé dans la cuve, je ne peux m’empêcher d’ouvrir, impatient de voir si le résultat s’annonce correct. Il l’est . Parfait. 5 min dans le fixateur, puis un rinçage soigné (10min) à l’eau claire. J’ai la chance d’avoir l’eau de source au robinet, très peu minéralisée. Donc, pas de traitement spécial avant le séchage; l’eau s’égouttera sans laisser de trace. Par contre, gare à la poussière! Elle a la fâcheuse tendance à se concentrer sur la pellicule mouillée si on la met à sécher dans une pièce trop sèche. Alors mon astuce est …  la douche. J’arrose bien les parois avec de l’eau chaude pour créer un ambiance humide, puis je pends les deux films à un crochet spécialement fixé au plafond, et je tire le rideau! Ainsi, pas (ou peu) de poussière sur la gélatine.

Avant de rejoindre l’ordinateur au salon, mes photos seront passées par les toilettes, la cuisine, et la salle de bain! Elles n’iront a priori pas dans la chambre, ni au garage…île de Sein. Quai sud.

Ensuite, je sèche le matériel avant de réintégrer mes cabzingues pour les deux suivantes, et rebelote!

4 pellicules par soirée. Ça m’a passé 7 jours…

Format 120. 12 poses par rouleaux. Ça nous fait 312 photos à numériser une à une.

Et ce n’est pas fini. Comme on « tire » des photos au labo sous lumière inactinique à l’agrandisseur, il faut aussi les « traiter » en informatique. Je le fais avec Lightroom. La technique est pour ainsi dire la même. Sauf qu’on peut le faire plus rapidement, assis dans un fauteuil, l’ordi sur les cuisses, les pieds sur la table, les mains au sec. Et cerise sur le gâteau, on peut faire et défaire les réglages, en tester de nouveaux, s’arrêter en plein milieu pour manger un morceau, ou boire un coup. Puis reprendre. Royal! Pour moi qui tirais mes photos par nécessité, j’apprécie énormément les facilités de l’informatique. Je ne suis pas un nostalgique du labo. Ce que j’aime, je te l’ai déjà dit précédemment, c’est la prise de vue avec le Rolleiflex…

Je vais mettre en ligne sans tarder une galerie spéciale dans « Mes albums« .

 

Philtre

Doisneau©robert Doisneau

Viser dans un Rolleiflex, ou un autre appareil argentique de légende, c’est comme boire un breuvage qui t’enivre et te fait voyager dans le temps. Quand tu regardes l’image inversée sur le verre de visée, tes sens sont perturbés. Le temps se fige. L’image du 80mm/f:2.8 est belle, avec un joli bokeh. Tu fais le point. Et si tu es assez proche du sujet, en tournant la molette, tu « passes » facilement des lèvres, au nez, aux oreilles, chacun étant net quand les autres sont flous (dans le bokeh). C’est magique.

– « Oui, me dira-t-ON, mais tu fais pareil avec un zoom sur ton reflex numérique. « 
Ben non. Avec mon Rollei, tu n’as pas le bzzz bzzz de la mise au point auto, et les points rouges qui s’allument.

L’image est carrée. Carrément. Et ça aussi c’est un voyage dans le temps.
– « ON » me dit encore: « Maintenant, avec Instagram, le carré revient à la mode. »

Bon, « ON », tu commences à m’énerver. Moi, le format carré, ça m’évoque antan. Voilà. C’est tout et c’est comme ça!

Quand je te regarde à travers mon Rollei, je vois Marilyn, Grace Kelly, Frank Sinatra, Sophia Loren,  Cocteau, Montand… J’en passe. Je les vois qui, monter les marches, qui les descendre, qui la cigarette aux lèvres en contre-jour…

Quand je regarde dans mon Rollei, je pense à Doisneau, Depardon, Capa, Willy Ronis, Alfred Eisenstaedt, Vivian Maier… et j’aime imaginer leur vie à ce moment. Paisible à déambuler, ou dans leur résidence Provençale pour certains, à plat ventre sous le sifflement des balles pour un autre, malmené au pied de la passerelle d’une caravelle, ou encore dans  la cohue d’un festival.

Le Rolleiflex est à la photo ce que la DS est à l’automobile. Il a marqué son temps. Une bonne quarantaine d’année.Voire 50-60? 

ON me dit:  » Oui, mais avec le numérique, tu fais de bien meilleures photos! « 
ON, tu commences à me chauffer grave!  Je n’ai pas dit le contraire! Mais l’ambiance, ON, l’ambiance! Et le plaisir, ON, tu en fais quoi du plaisir?

Puis qu’il s’agit bien de ça, le-Plai-sir!
De prendre le temps, de regarder, de cadrer, d’apprécier, puis d’attendre de voir l’image sortir mouillée de la chimie, et de découvrir enfin le résultat de la prise de vue. Quelques fois des semaines plus tard.

Plai-sir, ON! 

Au fait, sais-tu avec quel appareil la photo officielle de notre président (F.Hollande) a été faite? Celle qu’on voit dans toutes les mairies. Je te le donne en mille! Un Rolleiflex! De 1963! Oui, oui…

Quand Raymond Depardon a mitraillé le président pour ce portrait, il avait trois appareils. De mémoire, un Leica M (argentique), un Canon reflex (Numérique), et un Rolleiflex. C’est un cliché du Rollei qui a emporté les suffrages. Le 12ème et dernier de la pellicule.

Qu’ajouter de plus?

 

©MAGNUM DISTRIBUTION / Vincent Catala
©Photos prises sur le Web. Pas d’auteur. Service photos de l’Élysée?

Intégriste

On me disait récemment: « Oui, mais toi tu es un intégriste, tu fais de l’argentique!  »

Intégriste: Celui qui s’attache à maintenir l’essentiel et l’accessoire d’une doctrine, d’un mouvement, en refusant toute concession, toute évolution dans l’essentiel comme dans l’accessoire.

Ben non, tu te goures! Je prétends être exactement le contraire. Je fais aussi du numérique avec mes Canon EOS et G1x. Et mes négatifs argentiques, je les numérise pour les « développer » sur l’ordi. Le labo, la chimie, ça m’emmer…!
Par contre, prendre des photos avec un appareil à pellicule, c’est une vision rétro, certes, mais tellement différente de la frénésie prolixe numérique!

Différent du numérique?

Quand tu charges ton Rolleiflex, avec un rouleau 120, tu t’abrites de la lumière, des embruns, du vent, de la bruine, des doigts de gamins, des poils de chiens, de la poussière… Quand la météo est bonne, ou à l’intérieur, c’est facile. Mais si tu es dehors, à la plage, ou au ski, ou encore à Tataouine, c’est une autre paire de manches! Dos au vent – oui, mais le soleil, il est en face! Et merd… ! – tu quittes les gants, le froid te rend les doigts gourds, tu essayes de déchirer la bande de protection, – t’as pas l’emballage à défaire, c’est déjà ça en moins, tu es malin, tu as prévu à la maison avant de partir – Ensuite, tu permutes l’axe de bobine, tu introduis l’amorce de la pellicule dans la fente, tu débutes un réarmement, que tout soit bien accroché, puis tu fermes le capot, et tu armes jusqu’à la 1ère vue!  Ouf!!

Te voilà partie pour un rouleau complet de … 12 vues!

Alors, tu y vas à l’économie, et quand tu déclenches, tu es quasi sûre de toi!
Quand tu abordes des gens pour les prendre en photos, ils ont remarqué ton char d’assaut en bandoulière; alors vous avez un échange sur l’argentique, et le char. Si bien qu’ils prendront la pose pour ne pas risquer de gâcher. Et comme avec le Rolleiflex tu regardes en haut de l’appareil pour viser, eux, ils ne te voient pas pareil. Ils sont pas agressés. Calmes, détendus. Et ça fonctionne.
La prise de vue argentique au Rolleiflex, c’est un bonheur!

La prochaine fois, je te dirai ce que je vois dans mon Rollei quand je te cadre